Archive de 1 juillet 2007

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Travailler plus pour gagner plus: l’erreur d’analyse

1 juillet 2007

N. Sarkozy a été élu sur une ambiguïté: va-t-il relancer l’économie ou satisfaire certaines catégories professionnelles ?

D’un point de vue politique, c’était habile. Chacun s’étant reconnu dans les bénéficiaires potentiels
Qu’en est-il d’un point de vue économique ?

Tout le monde s’accorde sur un diagnostic de déficit de croissance en France, comparativement aux autres pays développés

Pour faire plus de croissance, il faut de la productivité horaire, des heures de travail, et des gens pour travailler

En réalité le vrai souci en France vient du taux d’emploi, qui est trop faible chez les jeunes, les vieux, et plombé par les chômeurs.

Le taux d’emploi des femmes est dans la moyenne européenne, donc il ne s’agit pas de remettre en cause un modèle familial, comme en Italie ou en Grèce par exemple

Celui des jeunes est plus problématique, avec d’une part une intégration insuffisante des jeunes issus de l’immigration maghrébine, dont le taux de chômage dépasse sur certains pays 40%, d’autre part un envoi massif d’étudiants en fac, sans débouché. La réponse passe probablement par plus de sélection à l’entrée en fac, et par des débouchés dans les sections dites professionnelles.
Pour les jeunes français d’origine étrangère, on pourrait travailler davantage sur la prévention du racisme et la maîtrise du français au plus jeune âge, ainsi que sur une vraie politique de la ville

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Taux d’emploi des 15-24 ans (source ocde)

Celui des plus de 55 ans est problématique, d’une part parce qu’on part à la retraite trop tôt (60 ans) compte tenu de l’espérance de vie (à 60 ans, 82 ans pour un homme, 87 pour une femme) en augmentation continue d’un trimestre chaque année, d’autre part parce qu’on a des mesures incitatives à la pré-retraite dès 55 ans, (une collusion entre les intérêts des entreprises qui préfèrent embaucher sur des contrats plus flexibles et moins coûteux et l’Etat qui manipule ainsi les chiffres du chômage) qui sont contre-productives car très couteuses
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Taux d’emploi des 55-64 ans (source ocde)

Les chomeurs bien sûr sont un poids, mais la solution est loin d’être simple comme chacun sait, dans un monde où il faut de plus en plus être qualifié pour apporter de la valeur ajoutée, et il y a toujours une frange de la population qui n’y arrive pas, où la baisse des charges sociales sur le travail atteint ses limites compte tenu des exonérations portant déjà sur les bas salaires, et surtout, une mondialisation de l’économie qui fait qu’on ne peut pas s’aligner sur les salaires non qualifiés des pays en voie de développement.

Pour ceux qui travaillent:

Les horaires hebdomadaires sont assez proches en France du reste de l’Europe, ceux qui travaillent le plus n’étant d’ailleurs pas ceux les plus productifs

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source eurostat

La où on se démarque davantage, c’est dans le nombre total d’heures travaillées par an, où la France est en queue de peloton avec de nombreuses vacances, RTT et jours fériés
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Heures travaillées par personne employée (source ocde)

Mais en réalité, comme la productivité horaire au travail est très bonne en France, en particulier parce que le coût du travail étant élevé, on a beaucoup automatisé, en définitive on est très bien placé sur la productivité par personne au travail. Dit autrement, en France un employé génère plus de valeur ajoutée que dans la plupart des autres pays
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(source fondation robert shuman)

Conclusion:
Le problème français de croissance insuffisante ne vient pas d’une absence de travail de ceux qui sont au boulot, mais d’une trop grande proportion qui n’en a pas (jeunes et vieux). En faisant travailler plus ceux qui ont un job, on ne résoudra pas les grands déséquilibres économiques

On objectera que travailler plus ne peut pas faire de mal
Oui. Sauf si cela aggrave les causes réelles du problème.
Par exemple, une solution qui pousse à détaxer les heures supplémentaires risque d’augmenter le chômage des vieux et jeunes, bref à augmenter le nombre d’”assistés”, qu’il faudra bien payer par une augmentation des prélèvements obligatoires. Sans parler de l’augmentation des effectifs de police et le coût de l’administration pénitentiaire nécessaire pour “redresser” ceux que leur oisiveté entraînera dans la délinquance
Oui. Sauf si ça empêche de voir les mesures à prendre pour résoudre le problème. Les PMEs françaises ont besoin de se développer à l’export, et ce n’est pas quelques points de coût du travail en plus qui les en empêchent (voir l’ex.de l’allemagne)
Oui. Mais peut-être n’y a-t-il pas que le travail dans la vie, surtout quand on a un travail peu qualifié et peu intéressant

Certains cyniques diront que ce n’était pas là le sens du message de NS.
Peu lui importerait de retrouver la croissance, il tient surtout à favoriser son électorat naturel, rentiers, professions libérales, profession de la santé, cadres sup. chefs d’entreprises, comme le montrent les premières mesures prises (ISF vidé de sa substance , quasi exonération des droits de succession, détaxation des heures sup.)

C’est sans doute en partie vrai, mais ce programme d’inspiration tchatchérienne n’es pas celui sur lequel il a été élu, et il s’expose alors à une fin d’état de grâce précipitée. Et qu’il arrête de nous dire qu’il oeuvre pour la France

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Antisocial, tu perds ton sang froid !

1 juillet 2007

Les déjà plus tout jeunes se souviennent de ces paroles du groupe Trust, groupe de hard revendicateur mené par Bernie Bonvoisin.

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Le niveau musical du groupe n’était pas très sophistiqué, mais l’énergie était là. Et Bernie était loin d’être le décérébré qu’il paraissait, avec une carrière de réalisateur de cinéma à venir.

Par un retour savoureux de l’histoire , le porte-parole du président de la République, David Martinon, est portraituré dans le monde (accès abonné) comme un fan des premières heures de ce groupe, à l’heure où ce dernier écrit Sarkoland, mais surtout au moment où le PS débaptise la TVA sociale

Ce qui nous amène, hé hé, au sujet véritable de ce post:

Quel intérêt à une TVA sociale ?

Le principe est d’augmenter les taxes sur la consommation.
Dit comme ça, on ne voit pas très bien pourquoi ce serait une mesure libérale en rupture de nature à favoriser l’économie.

Toute l’intelligence viendrait du fait qu’on pourrait supprimer des taxes ailleurs.
La vraie question de la TVA sociale, c’est donc qu’est-ce qu’on supprime comme autre taxe et à quelle hauteur ?
Car bien sûr, si c’est pour donner d’une main ce qu’on reprend de l’autre, ça n’a pas beaucoup d’impact économique. Même un inculte en économie comme Sarkozy, peut comprendre ça (*).
Donc la rumeur, c’est qu’on s’en servirait pour baisser les charges sociales sur le travail; (en passant, cette mesure est déjà lancée, et son financement est donc encore en discussion… On pourrait même suivre certains économistes pour dire que de toute façon le coût du travail non qualifié est déjà au taquet avec toutes les mesures d’exonérations existantes, et que donc c’est pas ça qui va résoudre le chômage actuel, majoritairement non qualifié)

Donc l’idée, c’est:
je diminue le travail taxé en France,
je taxe sur la consommation des produits étrangers en espérant favoriser les produits nationaux (allez, arrêtez d’acheter des ipods, achetez des Lyra Thomson),
je taxe aussi ceux qui travaillaient pas (retraités, rentiers, chômeurs: ça on le dit beaucoup moins ouvertement, surtout compte tenu de l’electorat sarkoziste (rappel : 70% des plus de 65 ans votent pour le travail (des autres)).
et donc globalement j’augmente la compétitivité nationale, et ça me ramène de la croissance. Et pouff, plus de chomage

Et puis on nous dit que ça a bien marché en Allemagne

Le hic , c’est qu’il y a des fuites dans le raisonnement
- en France, la TVA est déjà très forte à 19,6%; c’est d’ailleurs le premier poste des prélèvements obligatoires que NS s’est engagé à réduire
- les patrons à qui on va diminuer les charges salariales vont chercher à augmenter leurs marges: ils sont payés pour ça
- on risque de récupérer une inflation carabinée: c’était d’ailleurs l’opinion hautement affirmée de NS à l’époque où il était ministre des finances
- à favoriser le dumping fiscal en europe, on va tout simplement réduire les ressources des états alors que la vraie question est d’optmiser les dépenses
- il est quand même très logique de financer une retraite (un revenu futur) par une taxe sur le revenu actuel; avec la TVA “sociale” on peut financer sa retraite en achetant sa voiture à crédit: on ne voit pas très bien où cela pourrait nous emmener; Par exemple vers une hausse des taux d’épargne (soit une baisse de la consommation et de la croissance), vers une augmentation des achats à l’étranger en Europe hors de France…
- sur le fond, à quoi doit-on inciter ? à travailler où à consommer ? beaucoup diront qu’ils ont plus de plaisir à consommer (restos, cinés, vacances) qu’à travailler. Et donc qu’ils n’ont pas vraiment envie d’augmenter leur taux d’épargne
- sans parler du fait que le taux d’épargne augmente avec les revenus et donc la TVA “sociale” en pratique pourrait déplacer des taxes depuis les plus riches vers les moins riches

Bref l’ex. typique d’une idée pas du tout solide emballée dans un paquet cadeau à paillette, ou personne n’en sait vraiment rien hors des spécialistes, et encore, mais sur laquelle tout le monde a un avis définitif

(*) Le 30/06/07 NS devant les maçons d’une société de construction: Inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques… moi-même, parfois je suis un peu perdu.
Ben oui, si t’avais eu ton diplôme de Sciences Po, t’aurais au moins le niveau d’un étudiant chômeur.

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