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DSK ou le nécessaire examen de conscience

14 juillet 2011

A l’heure où la défense de DSK affirme qu’il n’y aucune preuve de violence dans le dossier de la femme de chambre, je me permets une mise au point.

1. Personne ne sait ce qui c’est passé dans cette chambre 2806. A partir du moment où il s’agit d’un sujet pénal, la moindre des choses est de faire montre d’un peu de prudence. Je préfère un coupable en liberté à un innocent sous les barreaux.

2. Je reste abasourdi par les préjugés de ceux qui sont prêts à admettre qu’un homme public, dont les qualités sont reconnues et la vie somme toute relativement sous les projecteurs, puisse être un violeur sur la foi d’une accusation d’une personne même pas identifiée. J’ai beau être plutôt anti-sarkozyste, et même avoir eu des échos de son comportement agressif en privé, je ne suis pas prêt à admettre qu’il puisse être un violeur sur la foi de la première dénonciation venue. On pourrait espérer un peu plus de maturité au XXIeme siècle de la part de personnes engagées dans un débat public.

3. Le système judiciaire américain est ainsi fait qu’on ne peut condamner pénalement qu’à l’unanimité, au-delà de tout doute raisonnable. J’espère avoir montré dans mes articles précédents qu’un doute raisonnable subsiste.

4. On a le droit de refuser le mode de vie de DSK, semble-t-il très libertin, et faisant peu de cas des liens du mariage. Cette position est même tout à fait respectable. On a aussi le droit de penser que DSK ne fait qu’assumer une conduite pas si rare chez beaucoup d’hommes politiques, en particulier au plus haut niveau de l’état, mais pas forcément de façon si transparente. Mais là n’est pas la question. Confondre libertinage et viol, c’est comme confondre entreprenariat et escroquerie, c’est grave et malsain. Les rumeurs qui rendent plausibles l’un, pourtant que des rumeurs, ne saurait attester l’autre. Ou alors on est malhonnête.

5. J’en arrive au point le plus difficile. Le viol n’est pas un sujet anodin en France. Les études parlent de jusqu’à 100 000 viols par an, ce qui fait qu’une proportion significative des femmes sont concernées, disons de 5 à 10%. C’est énorme. Rappelons que le système judiciaire ne prend pas le sujet à la légère car les condamnations sont sévères, en moyenne pas loin de 10 ans de prison. Mais le chemin pour obtenir une condamnation est très ardu, puisque seulement de l’ordre de 1-2% des viols seront condamnés. Ce qui est extrêmement faible. On arrive donc à une situation conflictuelle où nombre de femmes, qui ont été victimes de viols jamais reconnus, dénoncent à juste titre l’injustice du système, tout en ayant une histoire personnelle qui relativise leur capacité à être objectives sur un cas spécifique donné. En effet, le viol a celà de particulier qu’il y a souvent peu de preuves définitives et qu’on est amené à opposer la plaignante et l’accusé sur leur crédibilité. Des chiffres circulent sur le taux de fausses accusations de viols, plutôt faibles, de l’ordre de 5%. Mais d’une part les valeurs doivent être plus élevées si on se restreint aux cas litigieux, d’autre part on imagine mal comment on peut vraiment faites des calculs fiables, enfin, on ne peut condamner un innocent parce que les probabilités, même fortes, sont contre lui.
Au total, même s’il y a une certaine injustice à pousser la victime à faire la preuve de sa crédibilité, même si dans la vie réelle les coupables s’en tirent le plus souvent, on ne voit pas quel autre système peut garantir un principe somme toute nécessaire, qui est qu’on ne peut pas non plus condamner un innocent, et en l’espèce, condamner sans preuves. Toutes les attaques féministes contre DSK, homme blanc puissant et libertin, face à la jeune immigrée noire et pauvre, sont donc sans objet: il faut regarder la réalité des preuves, et basta. Et dans le doute, abandonner.

6. Comme dit plus haut, l’existence d’un doute raisonnable ne me parait pas discutable. Ce qui devrait clôturer le sujet pénal. Reste la question morale: DSK est-il selon toute vraisemblance coupable de ce qu’on l’accuse ? A chacun de se forger une opinion. Ma conviction personnelle est plutôt non, car il y a trop d’invraisemblance:
– un viol commis par quelqu’un qui a probablement déjà eu une relation dans la soirée et le moyen d’en avoir sans violence
– un viol commis en dépit du bon sens avec le risque que le room service intervienne et que la « victime » se rebiffe et appelle à l’aide, dans un hôtel de renom où ça ne peut être étouffé
– un viol commis alors qu’on a un RV avec sa fille 1/2 heure plus tard
– une fellation forcée sur une femme de 20cm de plus et 30 ans de moins, tout à fait en mesure de se défendre a priori. Par ailleurs j’ai du mal à appréhender qu’elle puisse être satisfaisante
– des incohérences dans la description du viol par la plaignante (qui est parti le premier de la chambre ?)
– l’absence d’antécédent violent prouvé chez DSK
– des détails plutôt incompatibles avec une situation d’urgence (brossage de dents, recoiffé, habillé)
– semble-t-il des allégations mensongères sur l’existence de traces de violence.

Pour toutes ces raisons, j’aurais préféré ne pas voir la curée médiatique à laquelle on a assisté.

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11 commentaires

  1. Tout à fait d’accord, avec l’ensemble des points.
    Et j’adore la phrase : « Confondre libertinage et viol, c’est comme confondre entreprenariat et escroquerie. »


  2. C’est la première fois que je lis une analyse intelligente sur le sujet


    • C’est le compliment le plus concis qu’on m’ait fait. 🙂
      Merci


  3. Je note une faiblesse dans votre analyse, vous qui êtes d’habitude si rigoureux :

    – « ce qu’on l’accuse » n’est pas correct grammaticalement.


    • Très juste. C’est même assez honteux. Faut-il y voir un lapsus phonétique …?
      🙂


  4. je ne parlerai pas des faits,
    mais un longue expérience féministe et étant assez bien renseigné par des études sur qui sont les violeurs et comment surviennent les viols, j’ai 2 remarques :

    1- « Je reste abasourdi par les préjugés de ceux qui sont prêts à admettre qu’un homme public, dont les qualités sont reconnues et la vie somme toute relativement sous les projecteurs, puisse être un violeur sur la foi d’une accusation d’une personne même pas identifiée. »
    ça c’est un point fondamental, or les études démontrent que la réalité du viol n’est pas une question de milieu social.
    Il est très rassurant de se dire que les violeurs sont des gens qui ne nous ressemblent pas (si on est un homme), ou qu’étant de telle catégorie sociale on risque moins d’être violée (si on est une femme). C’est humain et compréhensible, mais malheureusement c’est faux.
    On se fait souvent une représentation des violeurs comme des malades mentaux poussés par la frustration sexuelle. Certains d’entre eux le sont, mais le viol est d’abord une prise de pouvoir, une violence, pas une relation sexuelle.
    Autrement dit, il n’y a pas de profil sociologique type du violeur, même si, à la marge, on constate chez les agresseurs et violeurs une représentation forte des personnes ayant une position d’autorité. Ce qui est cohérent avec ce qui précède : on trouve des policiers, des médecins, des juges…
    Donc, en soi qu’une personnalité de premier plan ayant un très grand pouvoir soit accusée de viol n’a rien d’incohérent. Cette hypothèse est même parfaitement crédible, contrairement à ce
    que vous laissez entendre.

    En outre : vu qu’il n’y a pas de violeur type (genre criminel sanguinaire ou autre Guy Georges, , profil qui existe mais reste rare heureusement), il peut arriver un acte exceptionnel, du genre qui fait dire au coupable « je ne sais pas ce qui m’a pris », « c’est la première fois », « ça ne me ressemble pas ». Indépendamment des pruves, les preuves sont là pour le procès et je parle ici de ce qu’un viol peut être, quelle que soit la vie qu’on a menée auparavant, il suffit d’un acte, une fois.
    C’est pourquoi la question du libertinage de dsk est d’assez peu d’importance finalement, sur ce point on est bien d’accord.
    Un sale connard qui méprise les femmes et se rend détestable auprès d’elle peut fort bien finir sa vie sans jamais avoir commis d’agression ni de viol, à l’inverse quelqu’un « bien sous tout rapport », apprécié de tout le monde, peut commettre un jour l’irréparable, et si c’est le cas il devra être jugé.

    Voilà pour la question du profil, et la crédibilité de l’accusation relative au profil de dsk.

    2- Pour les faits et la crédibilité de l’hypothèse, c’est presque tout le point n°6 qui est à côté de la plaque,
    à l’exception de la divergence entre les versions de la plaignantes qui ne plaident pas pour elle, mais le reste peut être retourné comme un gant.
    La raison, c’est qu’une fois encore, quand on parle de viol on ne parle pas de « sexualité », la question de la prise de pouvoir, de violence, est centrale, et c’est en cela que les critères habituels de la sexualité ne s’appliquent pas. Forcer quelqu’un qui supplie et dit ne pas vouloir, c’est en effet bien loin de faire l’amour avec préliminaires et montée progressive vers le plaisir partagé. Les critères pratiques ou de glamour ne sont pas pertinents. Effectivement, si on pense « un acte sexuel qui tourne mal », ça ne colle pas. Or justement, énormément de récits de viol ne collent absolument pas avec une « relation sexuelle », mais il n’est pas évident de se départir des représentations que l’on a, et la confusion du « lieu » de l’acte, le sexe, est une source légitime de confusion et d’incompréhension. C’est pour ça que je fais long, parce que tout ce que j’explique ne suit pas le sens commun.

    Je comprends que la défense puisse chercher ce type d’argumentaire mais sur le fond c’est totalement réversible :
    on connait des accros au sexe, notamment chez les hauts responsables, Kennedy était réputé pour son rapport compulsif au sexe, à longueur de journée mais comme un lapin (bref pas « faire l’amour », plutôt « un coup vite fait »), et Chirac a dans tout Paris le surnom « 5 minutes douche comprise », ce qui revient donc exactement au même.
    Pour une personne ayant ce rapport au sexe, le passage à l’acte et son accumulation est la satisfaction, plutôt qu’un orgasme mirifique.
    Pourquoi encore du sexe alors qu’on en a déjà eu la nuit? Question risible, il y a de « gros consommateurs », et pour le coup il est avéré que dsk en fait partie, poser la question ce n’est pas lui rendre service.
    1/2 avant de voir sa fille? Et alors, je doute qu’il voie un rapport entre un rapport sexuel et un déjeuner avec sa fille, s’habiller prend 5mn et il était à 1/4h du restaurant, et puis quand on déjeune avec sa fille on peut avoir 10mn de retard c’est pas un problème il me semble.
    Et puis cette phrase quand même ahurissante : « un viol commis en dépit du bon sens », comme si commettre un viol était un acte de bon sens, habituellement.
    Pour la taille de la plaignante, dans un viol il est question de peur et de sidération bien souvent, et à l’inverse on ne peut pas partir du principe qu’une plaignante serait inéluctablement et sans conteste une vraie victime sous prétexte qu’elle serait petite et malingre.

    Au final on en est au même point sur dsk : seules 2 personnes savent ce qui s’est passé, et si l’accusation n’apporte pas de preuves solides ou si l’accusé ne se décrédibilise pas à la barre il y aura non lieu, car il serait inadmissible de mettre quelqu’un en prison sans certitude totale qu’il est coupable.


    • Merci pour votre commentaire.

      Sur le point 1) mon point n’est pas du tout que DSK est inaccusable de viol. Il est qu’il a été crû coupable a priori, et médiatiquement lynché, par une frange importante de la population avant même qu’on sache qui l’accusait. La crédibilité d’une accusation quand on ne sait pas qui la profère, ni la réalité des faits, me semble par nature faible. La prudence s’impose.
      Vous noterez d’ailleurs que la suite m’a donné raison, puisque c’est en partie à cause de la personnalité de la plaignante et de ses apparitions publiques que sa crédibilité s’est effondrée dans le grand public, entrainant avec elle la crédibilité de la plainte elle-même.

      Sur le point 2), nous sommes d’accord que l’on est dans l’intime conviction et qu’aucun des éléments ne sont conclusifs en soi, mais l’accumulation des incohérences est frappante.
      Je ne suis pas spécialiste de viols, j’admets tout à fait que cela n’a rien à voir avec une sexualité normale, mais j’ai beaucoup de mal à croire que le violeur abandonne son instinct de conservation au point de prendre le risque de se faire repérer.
      D’où ma phrase « en dépit du bon sens » qui signifie qu’on s’attend à ce qu’un criminel prenne des précautions élémentaires pour ne pas se faire prendre. Et à l’inverse, je trouve un peu facile l’explication voulant qu’il ait « pété les plombs » pendant 5 mn pour ensuite calmement appeler sa fille, se laver les dents, se recoiffer, se rhabiller, faire sa valise, faire son check-out puis déjeuner avec sa fille. N’oubliez pas que cela s’ajoute aux mensonges de N. Diallo sur la description du viol lui-même. Et je ne parle pas du fait que dès le lendemain, elle s’organise pour trouver un avocat, de la différence de force physique, etc…
      Bref, la balance penche d’un côté très clairement pour moi.

      Il me parait clair qu’il n’y aura pas de procès pénal. Y aura-t-il un procès civil qui donnera l’occasion à DSK de s’expliquer ? C’est une vraie question. La fortune de Anne Sinclair est estimée à au moins 100M€. D’un côté, payer quelques millions d’euros pour enterrer l’affaire et éviter le procès serait une vraie libération. De l’autre, ce serait reconnaître une forme de culpabilité, ce que peut être DSK ne souhaite pas. Surtout s’il est innocent.


  5. je sais c’est affreusement long, désolé :/


    • cette histoire me choc, le viol je connais, femme de chambre je connais, »’ ma question est  »’ Que faisait cette femme seul dans la chambre d’un client,( comme ont dit pas ne porte quel client Question: ou été son chariot remplit des produit de tout genre pour ce genre d’hôtel: Question: ou été le gouvernant(es et son collègue pour une suite de 120m2 pour ce genre d’hôtel et surtout pour le client de ce genre: Question: la police, le procureur, les médiats, à t’il trouve des objets éparpillés dans la suite, or mit le cracha de cette femme trouvé dans cette suite: Question: Pour une déchirure interne et rougeur externe combien de temps prend t’il pour cicatriser: Question: après les règles la partie intime de toute femme n’est il pas sensible à cause du frottement de la serviette pour externe, et déchirure pour le tampon coter interne. question: pourquoi sommes nous si hypocrite à l’égard de DSK aiment ou ont n’aiment pas !!!!!!


  6. […] déjà dans un message précédent rappelé en quoi certains devraient faire leur examen de conscience sur cette […]


  7. […] Un premier daté du 14 juillet 2011 : "DSK ou le nécessaire examen de conscience" […]



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